Protéger son patrimoine sans être millionnaire : ce que chacun peut faire

La protection du patrimoine évoque la banque privée, la fondation et le cabinet d'avocats. Les millions. Les chiffres de l'Insee dessinent une autre image. Le patrimoine net médian des ménages en France s'élevait début 2024 à 148 100 euros. C'est ce qu'indique la distribution du patrimoine des ménages publiée par l'Insee. Les ménages propriétaires de leur résidence principale atteignaient un patrimoine brut médian de 383 300 euros.

Ce n'est pas une fortune de millionnaire. Mais c'est le fruit de décennies de travail. Et il se trouve presque toujours en un seul endroit : sur des comptes français, sur un compte-titres français, au fichier immobilier français.

C'est précisément là qu'intervient la protection du patrimoine. Pas avec des structures compliquées. Avec une suite d'étapes que tout salarié peut franchir. La plupart coûtent peu. Certaines ne coûtent rien d'autre qu'une décision.

Pourquoi les petits patrimoines sont justement les plus exposés

Qui a des millions a généralement déjà des conseillers. Qui a 80 000 euros sur un livret a une application bancaire. Voilà la différence. Ce n'est pas le montant du patrimoine qui détermine le risque, mais sa concentration.

Un patrimoine typique de la classe moyenne ressemble à ceci : compte courant, livrets, un plan d'investissement en ETF, peut-être un appartement. Tout en France. Tout auprès d'établissements soumis à la même supervision. Tout accessible aux mêmes administrations par les mêmes moyens.

À quel point accessible, le fichier FICOBA le montre. Ce fichier national des comptes bancaires et assimilés recense tous les comptes et coffres-forts ouverts en France : comptes courants, comptes d'épargne, comptes-titres. Il indique la banque, le titulaire, le type de compte, les dates d'ouverture et de clôture. Vous ne pouvez pas vous opposer à l'inscription de vos comptes.

Il n'est pas consulté par la seule administration fiscale. Y ont aussi accès, entre autres, les officiers de police judiciaire, certains magistrats, les commissaires de justice, la Banque de France, le notaire chargé d'une succession et certains agents des Caf. FICOBA ne contient ni les soldes ni le détail des opérations. Mais il montre où se trouve quelque chose. Et il ne recense que les comptes ouverts en France.

C'est le cœur du sujet. Un patrimoine situé entièrement dans un seul espace juridique est entièrement visible et entièrement accessible pour cet espace juridique. Cela vaut pour 80 000 euros comme pour huit millions.

La France a déjà prélevé sur les patrimoines

Les prélèvements sur le patrimoine ne visent pas seulement les grandes fortunes. L'histoire française en offre un exemple. L'ordonnance du 15 août 1945 a institué un impôt de solidarité nationale. Il frappait les patrimoines, et en plus les enrichissements réalisés entre 1940 et 1945.

Il n'en découle aucune prévision. Il en découle une question : quelle part de votre patrimoine se trouve là où une seule loi pourrait l'atteindre entièrement ?

Étape 1 : ajuster vos avoirs bancaires à la garantie des dépôts

La première étape est la plus simple. Et c'est la plus souvent négligée.

En France, le Fonds de garantie des dépôts et de résolution couvre les dépôts jusqu'à 100 000 euros par client et par établissement. Le Livret A, le LDDS et le LEP bénéficient d'un plafond distinct de 100 000 euros, qui s'ajoute au premier. Certains dépôts exceptionnels sont couverts temporairement jusqu'à 500 000 euros de plus : le produit de la vente de votre logement, un capital versé au titre d'un dommage corporel ou d'un départ à la retraite, un héritage, un legs ou une donation, une indemnité de fin de contrat de travail. Condition : les fonds doivent avoir été reçus moins de trois mois avant la défaillance de la banque.

Ce qui dépasse ces plafonds n'est pas garanti en cas de défaillance. Qui détient 180 000 euros de dépôts ordinaires dans une seule banque a 80 000 euros sans garantie.

En Suisse, selon esisuisse, la garantie est de 100 000 CHF par client et par entité juridique.

Ce que vous faites concrètement :

  • Répartissez les avoirs au-delà de 100 000 euros entre plusieurs banques. Le plafond s'applique par établissement de crédit. Vérifiez qu'il s'agit vraiment d'établissements différents et non de deux marques d'une même maison.
  • Anticipez les grosses rentrées d'argent. Le produit de la vente de votre résidence est mieux garanti pendant trois mois. Après, plus. D'ici là, l'argent devrait être réparti.
  • Ne laissez sur vos comptes que ce dont vous avez besoin comme compte. Une réserve de six à douze mois de dépenses est raisonnable. Tout ce qui dépasse relève d'autres formes.

Cette étape vous protège de la défaillance d'une banque. Elle ne vous protège pas de l'accès de l'État. Pour cela, il faut les étapes suivantes.

Étape 2 : ce qui reste immobilisé va sur un compte-titres

Un avoir sur un compte est juridiquement une créance sur la banque. Si la banque fait faillite, vous êtes créancier. Un titre conservé sur un compte-titres relève d'un autre régime.

Pour les titres, le FGDR prévoit une garantie distincte : si l'établissement ne peut pas restituer les instruments financiers qu'il conserve pour vous, il indemnise jusqu'à 70 000 euros par client et par établissement. Sont couverts les actions et les obligations, détenues en direct ou dans un PEA, ainsi que les parts de SICAV et de FCP.

Concrètement : pour l'argent dont vous n'avez pas besoin, un fonds largement diversifié sur un compte-titres repose sur une autre protection qu'un gros solde sur un livret. Pas à cause du rendement. À cause de la situation juridique.

Cette étape a elle aussi une limite. Le compte-titres figure au fichier FICOBA. Il se trouve dans le même espace juridique que votre compte courant. Quels risques recèle la chaîne de conservation des titres, la page consacrée aux valeurs mobilières comme classe d'actifs le traite.

Étape 3 : une part en métal précieux physique

L'or est l'outil classique des petits patrimoines. Pour de bonnes raisons. Il se divise, il n'a pas besoin de banque, et il n'a pas de débiteur.

Fiscalement, la France le traite d'une manière qu'il faut connaître. Les livraisons d'or d'investissement sont exonérées de TVA, selon l'article 298 sexdecies A du code général des impôts. À la revente, le vendeur paie par défaut une taxe forfaitaire de 11 % du prix de cession, plus 0,5 % de CRDS. Il peut opter pour le régime des plus-values s'il justifie de la date et du prix d'acquisition : la plus-value bénéficie alors d'un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième et est exonérée au bout de 22 ans.

Pour l'achat, il existe une limite à connaître. Un résident fiscal français ne peut pas payer un professionnel en espèces au-delà de 1 000 euros, selon les règles de paiement en espèces. Un achat d'or plus important se règle par virement ou par carte, donc à votre nom.

À partir du 10 juillet 2027, une limite européenne s'ajoute. Le règlement anti-blanchiment de l'UE 2024/1624 n'autorise plus alors, à son article 80, les professionnels à accepter des paiements en espèces au-delà de 10 000 euros. Les paiements entre particuliers sont exclus. Le règlement s'applique dans tous les États de l'UE, mais pas en Suisse. Ce que le plafond signifie pour votre patrimoine, la page sur le plafond des paiements en espèces l'explique.

Ce que vous faites concrètement :

  • Achetez en petites unités. Les pièces et les petits lingots se revendent à l'unité. Un gros lingot, non.
  • Achetez régulièrement. Un montant mensuel lisse le prix d'achat.
  • Conservez chaque facture. Elle prouve la date et le prix d'acquisition, condition de l'option pour le régime des plus-values.
  • Choisissez le lieu de stockage en connaissance de cause. À la maison, le métal est à portée de main, mais le cambriolage et l'incendie sont des risques. Dans un coffre bancaire, il est bien gardé, mais le coffre figure au fichier FICOBA. Un entrepôt hors de l'UE se trouve hors de cet espace juridique. La page stocker son or à l'étranger compare les options.

Une part raisonnable pour un salarié ne se situe pas à la moitié du patrimoine. Elle se situe là où vous dormez tranquille quand le cours de l'or baisse pendant un an.

Étape 4 : un compte hors de l'UE

La quatrième étape sépare la simple prudence de la protection du patrimoine. Jusqu'ici, tout se trouve dans le même espace juridique. Un compte hors de l'UE change cela.

Il importe de savoir ce qu'est un tel compte et ce qu'il n'est pas. Ce n'est pas une cachette. Au titre de la norme commune de déclaration (CRS), les banques des États partenaires déclarent les comptes des résidents fiscaux français : nom, numéro fiscal, numéro de compte, solde au 31 décembre et revenus. En France, vous devez en outre déclarer chaque compte ouvert à l'étranger avec votre déclaration de revenus, sur le formulaire 3916. À défaut, l'amende est de 1 500 euros par compte, portée à 10 000 euros lorsque l'État concerné n'a pas conclu avec la France de convention d'assistance administrative. Les revenus d'un compte à l'étranger se déclarent comme tous les autres.

Ce que le compte apporte est autre chose. Il se trouve dans un autre espace juridique, souvent dans une autre monnaie. Une loi française, une crise bancaire française ou une perturbation des paiements en euros ne l'atteint pas par le même chemin que votre compte courant. C'est de la redondance. La page sur la préparation aux crises explique pourquoi cette redondance compte.

Pour un salarié, cela signifie : un compte avec une réserve de sécurité, pas avec tout le patrimoine. De quoi couvrir quelques mois de dépenses. Comment se déroule concrètement l'ouverture d'un compte à l'étranger, freedombanking.plus l'explique.

Étape 5 : ne pas oublier le bien immobilier

Pour beaucoup de ménages de la classe moyenne, le logement est le poste le plus important. C'est aussi le plus visible. Il figure au fichier immobilier, il ne se déplace pas, et il est lié au lieu de résidence. Auprès du service de publicité foncière, chacun peut demander la liste des biens publiés au nom d'une personne.

Une vente est rarement une réponse. Une donation aux enfants fait perdre le contrôle. Qui est propriétaire et reste vivre en France a donc besoin d'une réponse propre pour son bien, et cette réponse commence par l'état des lieux.

Savoir si une organisation se justifie pour un seul appartement est une question de calcul. La valeur, le financement et votre famille en décident. Pas les gros titres.

Le levier le plus puissant reste la résidence

Toutes les étapes précédentes répartissent le patrimoine. Une seule modifie l'accès lui-même : la résidence.

Qui a son domicile fiscal en France y est imposable sur l'ensemble de ses revenus, selon l'article 4 A du code général des impôts. Qui transfère sa résidence dans un autre pays et ne garde pas de domicile fiscal en France change l'espace juridique qui le saisit en premier. Attention à l'exit tax : qui a été domicilié fiscalement en France au moins six des dix années précédant son départ est imposé sur ses plus-values latentes lorsque ses participations dépassent 800 000 euros ou représentent au moins 50 % des bénéfices d'une société. Ce n'est pas une étape pour tout le monde. La famille, le métier et la langue comptent. Mais c'est l'étape qui a le plus d'effet, y compris pour des salariés à la retraite ou travaillant à distance.

Une vue d'ensemble des stratégies, structures et espaces juridiques se trouve sur la page consacrée à la protection du patrimoine.

Trois principes qui portent chaque étape

La protection du patrimoine n'est pas une cachette fiscale. L'échange de données avec l'étranger fonctionne depuis des années. Qui dissimule des revenus ne protège pas son patrimoine, il le met en danger.

La protection du patrimoine n'est pas non plus une réaction de panique. Qui vend son portefeuille après un gros titre perd souvent plus que ce que coûterait n'importe quel prélèvement. Et qui entasse de grandes quantités d'espèces chez soi échange un risque contre un autre.

Enfin, la protection du patrimoine ne commence pas à partir d'une certaine somme. Les premières étapes ne coûtent rien. Un deuxième compte bancaire, un compte-titres plutôt qu'un livret plein à ras bord, quelques pièces par mois. Ce n'est pas une structure. C'est une habitude.

Un ordre que vous pouvez commencer aujourd'hui

  1. L'état des lieux. Notez où se trouve chaque euro. Banque, compte-titres, immobilier, assurance, espèces, métal. La plupart des gens sont surpris de voir combien se trouve en un seul endroit.
  2. Vérifier la garantie des dépôts. Pas plus de 100 000 euros de dépôts ordinaires par banque, livrets réglementés à part. En Suisse, 100 000 CHF.
  3. L'excédent sur un compte-titres. Ce dont vous n'aurez pas besoin dans les prochaines années n'a pas sa place sur un compte.
  4. Constituer une réserve de métal. Petites unités, achats réguliers, factures conservées, lieu de stockage choisi en connaissance de cause.
  5. Un compte hors de l'UE. Pour la réserve de sécurité, pas pour tout le patrimoine, et déclaré sur le formulaire 3916.
  6. Faire le calcul pour le bien immobilier. S'il représente l'essentiel de votre patrimoine, il lui faut une réponse propre.
  7. Examiner la question de la résidence. Pas comme une fuite. Comme une option que vous connaissez avant d'en avoir besoin.

Aucune de ces étapes n'exige des millions. Chacune exige seulement que vous la franchissiez tant que toutes les voies sont ouvertes.

Questions fréquentes

À partir de quel patrimoine la protection du patrimoine vaut-elle la peine ? Les premières étapes valent la peine dès le premier euro dont vous n'avez pas besoin sur votre compte courant. Les structures ne se justifient que lorsque la valeur protégée dépasse nettement leur coût. C'est un calcul au cas par cas.

Un compte à l'étranger est-il légal ? Oui. Un compte à l'étranger est légal si vous le déclarez sur le formulaire 3916 et si vous indiquez ses revenus dans votre déclaration. Les banques des États partenaires transmettent de toute façon les données au titre de la norme commune de déclaration.

Puis-je acheter de l'or en espèces ? Auprès d'un professionnel, un résident fiscal français ne peut pas payer en espèces au-delà de 1 000 euros. À partir du 10 juillet 2027, les professionnels de toute l'UE ne pourront en outre plus accepter de paiement en espèces au-delà de 10 000 euros.

La garantie des dépôts protège-t-elle d'un prélèvement sur le patrimoine ? Non. La garantie des dépôts protège de la défaillance d'une banque. Un prélèvement serait une loi. Contre une loi, seul aide un patrimoine situé hors de sa portée.

Cela vaut-il aussi en Suisse ? La logique de base vaut partout : répartition entre banques, formes de placement et espaces juridiques. En Suisse, la garantie des dépôts est de 100 000 CHF. Les règles françaises décrites ici, du fichier FICOBA à la fiscalité de l'or et au plafond des paiements en espèces, ne s'y appliquent pas ; chaque pays a les siennes.